Lichen X Les Passeurs

© Les Passeurs

L’une de nos activités favorites chez Lichen, c’est de reprendre la fabrication d’imprimés existants pour la rendre plus responsable

 

C’est ce que nous avons eu un très grand plaisir à faire avec le très beau magazine Les Passeurs ! Je vous emmène faire un tour dans les coulisses pour mieux comprendre comment nous avons procédé, et surtout pourquoi.

x x x

les passeurs 

Les Passeurs, c’est un magazine de prospective sur les futurs possibles, souhaitables ou beaucoup moins, de la montagne et de ses activités. Un exercice passionnant de projection. Des articles sérieux, instructifs, bourrés d’infos, mais un ton qui rend le tout facile à lire et à comprendre. Bref, à lire absolument quand on est amoureux de la montagne ! Le numéro 1 est paru en début d’année 2021 et le numéro 2 sort pour la fin d’année. 

 

Cela va finir par se savoir, mais je suis née en Savoie, j’ai grandit dans la station de ski des Arcs. Mes parents étaient guide/moniteurs de ski et chef d’exploitation du domaine skiable. Je skie depuis presque aussi longtemps que je marche. Évidemment toutes les thématiques liées à la montagne et aux changements induits par le dérèglement climatique me touchent particulièrement 

 

Ajoutez à cela que la revue est en partie née aux Arcs. Il n’en fallait pas plus pour que j’ai très très (très) envie de travailler avec eux !  

 

Parce que pour nous chez Lichen, il est indispensable que le support soit le parfait complément du contenu et qu’il y avait une marge de progression possible par rapport au numéro 1. Vous l’aurez compris, c’est donc sur le numéro 2 que nous sommes entrées en action avec d’autant plus de challenge qu’il est consacré à la montagne Zero Carbone.

x x x

le premier numéro 

Parce que c’est toujours de cette manière que l’on procède, nous avons analysé précisément la manière dont avait été conçu et imprimé le premier numéro de la revue. 
Cet « audit » nous a permis de dresser une liste des principaux points qu’il allait être possible d’améliorer. Le tout en conservant au maximum l’esprit du magazine et son esthétique très forte.

 

La maquette et l’encre

C’est ce qui apparaissait de la manière la plus évidente. Une impression en noir et deux Pantone, dont un fluo.  
Une maquette extrêmement visuelle, percutante mais avec de nombreux aplats. 
Ce qui pose problème :  
Les Pantone ne sont pas des encres écologiques. Ils sont composés sur une base d’huile minérale, avec des pigments très chimiques. D’autant plus lorsqu’il s’agit de fluos, qui nécessitent une charge d’encre plus importante pour un bon rendu. 

 – Les aplats, c’est extrêmement gourmand en encre. La quantité requise pour pouvoir couvrir une page d’un format A4 est énorme. 

Le papier

Le numéro 1 était imprimé sur du Cyclus 120 g. pour l’intérieur et 300 g. pour la couverture.
Ce qui pose problème :  
– Le Cyclus est un papier recyclé qui était auparavant fabriqué en France par Arjowiggins. Cependant, depuis la fermeture de l’usine et la reprise de la référence par Antalis, il l’est désormais en Allemagne et en Autriche. Ce qui est problématique pour nous dans ce cas c’est qu’il s’agit de deux pays à la production d’énergie très carbonée (centrales à charbon). Cela qui implique des émissions CO2 importantes lors de la fabrication. De plus, le papier recyclé a déjà souvent à son actif un bilan carbone peu glorieux car les papiers à recycler traversent l’Europe de part en part pour être livrés sur leur lieu de recyclage… puis en revenir.  
– C’est un papier qui « boit » énormément. La quantité d’encre absorbée est très importante. Il est donc nécessaire d’encrer fortement pour obtenir le résultat souhaité. 
Le vernis est indispensable sur ce type de papier afin de protéger l’impression et un vernis, même acrylique, même à l’eau, ça reste bien chimique ! 
– C’est un papier qui n’a pas une forte main (le rapport grammage/épaisseur) et qui nécessite donc un grammage assez important, ici 120 g., pour avoir un toucher et une opacité satisfaisants. Cela implique un magazine final lourd, 544 grammes pour 144 pages. Un poids plus important c’est plus d’émissions de CO2 lors de la fabrication et lors du transport. C’est également des frais postaux plus conséquents, surtout quand, comme c’est le cas pour le numéro 1 on se situe proche d’une limite de tarif postal !

L’ impression

Le premier numéro a été imprimé en offset HUV.
Ce qui pose problème :   
– L’offset HUV est une technique d’impression prisée des imprimeurs qui consiste en un séchage instantané des encres après impression au moyen de lampes LED. Cela a pour objectif d’optimiser la production en gagnant du temps sur le séchage. Le problème, c’est que les encres UV sont polymérisées en séchant et forment ainsi une couche solide sur le papier. Il est à l’heure actuelle très compliqué de la supprimer lors du recyclage. Cette faible désencrabilité cause des tâches sur le papier. Il n’est donc plus utilisable pour refaire du papier graphique mais est redirigé vers la filière du carton ou du papier toilette… Du sous-cyclage donc. 
– On met en avant le fait que les lampes LED consomment peu, mais elles consomment tout de même. Si l’on compare un séchage naturel à un séchage à faible consommation, lequel est le plus écologique ?
Les magazines étaient également mis sous film plastique pour les protéger.

 

x x x

ce qu’on a fait 

Pour faire place à une fabrication plus responsable, nous avons repris méthodiquement les points d’amélioration listés précédemment et avons entrepris pour chacun de les rendre “meilleurs”

La maquette et l’encre

Pas question de réitérer les deux Pantone ! 

 

Le premier challenge lancé à la direction artistique, et relevé avec brio, a été de passer en simple bichromie, noir et un Pantone. Pas fluo évidemment. 

 

On peut bien sûr se demander pourquoi avoir fait le choix de garder un Pantone plutôt que de le supprimer totalement. Tout est question de balance, de choix et d’équilibre. Rendre un imprimé plus responsable ne veut pas dire qu’il faut oublier l’âme d’origine du projet. Ni non plus chercher à être parfait (ce qui est d’ailleurs impossible). En matière d’encre, comme pour beaucoup de choses, ce qui est surtout nuisible c’est l’accumulation. Quadri plus Pantone. Dans le cas d’une bichromie, la quantité d’encre utilisée sera inférieure. Au final on utilise donc moins d’encre que si l’on avait fait le choix de la quadrichromie en encres à base d’huiles végétales (les encres totalement végétales, ça n’existe pratiquement pas, le support est végétal, pas les pigments). 

 

Évidemment l’encre noire est quant à elle bien à base d’huile végétale. Certifiée par les très très reconnus et exigeants labels Blue Angel et Nordic Ecolabel, mais également Cradle to Cradle. Cela en fait l’une des encres les plus responsables disponibles actuellement
Afin de réduire encore la consommation d’encre, les aplats ont également été limités. 
Enfin, nous avons suggéré de baisser le taux d’encrage de l’ensemble des textes. En accord avec Wanaka, en charge de la direction artistique, nous avons fixé le noir à 90 % au lieu de 100 %. Cela représente une baisse de consommation non négligeable.

 

Au final, la nouvelle maquette permet :
– une consommation d’encre d’encre bien inférieure
– des économies d’eau car moins d’encres c’est moins de lavage pour la machine
– et moins de plaques offset en aluminium ! 

 

Le papier

Le papier c’est vraiment un poste qui peut permettre d’énormes changements !
Alors pour notre projet, on oublie le recyclé et ses grosses émissions, peu adaptées à un magazine traitant de la montagne zéro carbone !
Cap sur deux papiers de chez Arctic Paper, un papetier que nous aimons beaucoup chez Lichen. Pour la qualité de ses papiers mais également pour sa transparence quant à sa production.
Nous avons donc choisit pour l’intérieur un Munken Print White 1.8. Ce papier conserve l’aspect brut, un peu vintage, donné par le Cyclus au premier numéro, mais sans ses inconvénients. Il possède en effet une main importante qui permet de réduire fortement le grammage, ici nous avons opté pour un 90 g., tout en conservant une belle épaisseur car il s’agit d’un papier bouffant. C’est également un papier qui permet un excellent rendu des couleurs et des images et a la bon goût de ne pas nécessiter de vernis !

 

Cerise sur le gâteau, il a permit de gagner 107 grammes sur la balance et de basculer sous la fameuse barre des 500 g. Une belle économie d’émissions ET de frais postaux ! 

 

Pour la couverture un Arctic Volume White 300 g., très beau papier bouffant, couché mais au rendu extrêmement mat. Il offre une excellente reproduction des couleurs associée à un toucher très naturel, en phase avec le papier intérieur et l’esprit des Passeurs. Sa rigidité et sa résistance permettent en outre de n’appliquer qu’un simple vernis, évitant un pelliculage tout en ne se détériorant pas au premier déplacement ! 

 

Si nous avons sélectionné ces papiers, c’est également, et en grande partie, pour leur labellisation Cradle to Cradle.

 

Il s’agit d’une certification, et surtout d’une philosophie, d’éco-conception et d’économie circulaire que nous affectionnons particulièrement chez Lichen. Son principe est de « faire du bien plutôt que faire moins mal ». C’est à dire qu’on vise à avoir un impact qui soit positif plutôt que de chercher à réduire ses impacts négatifs. Une logique de révision des procédés de fabrication plutôt que de compensation.

 

La certification évalue cinq critères principaux : la sécurité sanitaire des matériaux, la réutilisation des matières, la consommation d’énergie, la gestion de l’eau et la responsabilité sociale. 

 

Concernant le papier, seuls deux papetiers sont certifiés par le C2C, dont Arctic Paper qui a la particularité d’avoir fait certifier non seulement certains papiers mais également deux de ses trois usines de production. C’est donc l’ensemble de la production qui doit répondre aux exigences du label. Avec une gestion drastique des ressources en eau et en énergie et un recours à des matériaux les plus sains possibles.

 

L’impression 

Comme pour le numéro 1, nous sommes restés sur un imprimeur implanté en Rhônes-Alpes, le magazine étant lui-même largement savoyard. 

 

Le choix s’est porté sur l’imprimerie Chirat, qui imprime uniquement sur des presses Heidelberg en offset traditionnel. Bye bye polymères ! 

 

Au-delà de cet aspect, c’est un imprimeur qui s’est toujours montré réactif. Très transparent, et ouvert à mes questions, même les plus précises, il n’a jamais hésité pas à me dire quand il ne savait pas mais allait se renseigner. Et à toujours revenir vers moi avec une réponse, qu’il s’agisse des encres, des colles ou du plastique. Une qualité indispensable !

 

Je peux ainsi vous dire grâce à eux, bien que ce soit la première fois qu’on leur ai posé la question, qu’en ne filmant pas les revues, nous avons fait l’économie de 1 187 mètres de plastique. 

x x x 

Bilan 

Nous avons pris beaucoup de plaisir à travailler sur la fabrication des Passeurs, à réfléchir et imaginer des solutions plus responsables tout en restant adaptées à l’esprit insufflé lors du premier numéro ! 
Éco-concevoir un imprimé c’est un travail d’équilibriste. Une balance constante entre l’éco-responsabilité, le budget, et les contraintes / particularités inhérentes à chaque projet. Une réflexion non seulement sur l’objet imprimé, mais également sur le fait qu’il aura une fin de vie, pas forcément heureuse. Il est important que son impact reste le plus léger possible… même à ce moment là !

 Dans le cas des Passeurs, je pense que nous avons réussi le pari avec une fabrication à la fois plus responsable, mais également plus économique. Le tout en respectant une esthétique et un esprit très particulier. J’ai maintenant hâte de l’avoir entre les mains et j’espère que vous aussi !